Au moment où Nicolas Sarkozy revient de façon définitive sur la scène politique française pour l’élection à la Présidence de l’UMP et pour s’aligner pour la compétition pour les Présidentielles de 2017, il n’est pas inutile de revenir sur les éléments forts de sa politique étrangère pour mettre en perspective une action future potentielle, si d’aventure les Français devaient l’élire en 2017.

 

 

Je sais que mes compatriotes ne sont pas très friands des problématiques de politique étrangère que la Constitution de la Vième République remet intégralement entre les mains du Chef de l’Etat pour sa conception et sa mise en œuvre ; il faut tout de même faire remarquer que les objectifs assignés à la politique étrangère par le Chef de l’Etat impactent plus ou moins la politique intérieure.

 

 En arrivant aux Affaires en 2007, Nicolas Sarkozy, tout auréolé de sa victoire à l’élection présidentielle, a d’abord mis en exergue la politique européenne de la France et la proximité de celle-ci avec l’Allemagne, ce qui a permis de construire le concept de « Merkozy ». Cette politique européenne de la France est devenue très vite omniprésente pour des raisons liées à la construction de l’Union européenne et à l’amarrage de la France sur la politique allemande, même si Nicolas Sarkozy s’en défend. Au cours la crise financière de 2008, la parfaite entente entre l’Allemagne et la France a pu rassurer les épargnants français.

 

En revanche, dans la crise politique entre la Géorgie et la Russie, Nicolas Sarkozy est apparu comme un très grand négociateur en 2008 grâce à son volontarisme diplomatique. Ce volontarisme est considéré par Jean- François Bayart (Les dégâts d’une diplomatie désinvolte, la pire politique étrangère de la Vième République, Le Monde, 24 septembre 2014) « comme une erreur car l’accord entre la Russie et la Géorgie a été bâclé en permettant à Moscou et surtout à Poutine de s’emparer de l’Ossétie du sud, de satelliser l’Abkhazie sécessionniste, ouvrant la voie au démembrement de l’Ukraine ». Cette analyse de Jean-François Bayart, recevable mais discutable dans le fond, a montré les limites de la vision de Sarkozy dans ce domaine. On retrouve les mêmes limites dans les rapports de Sarkozy avec la Turquie dans la mesure où une partie de sa victoire en 2007 a consisté à rassurer l’électorat français d’origine arménienne que les portes de l’Union européenne lui étaient fermées. Les conséquences de cette politique se manifestent aujourd’hui au Moyen Orient car la Turquie, membre influent de l’OTAN, discute assez paradoxalement avec la Russie et constitue une des solutions aux crises actuelles que traversent le Proche et le Moyen Orient et qui sont amplifiées par l’attitude meurtrière et paroxystique du groupe Daesch, encore appelé « Etat islamique ». Entre la Russie et la France les rapports ont été globalement positifs.

 

Nicolas Sarkozy a accéléré le retour de la France dans l’OTAN, mais tout en menant une politique indépendante en faisant revenir Bachar Al Assad dans le jeu international. Le Président syrien avait été l’hôte de Sarkozy en 2008 au défilé du 14 juillet. Avec l’Iran, Sarkozy a continué la politique de « containment » mené par les Etats Unis et par Chirac et l’industrie française en a ressenti les effets en perdant des contrats importants, même si la politique française en direction des monarchies du Golfe et surtout du Qatar ont pu compenser l’impression d’illisibilité de la politique de Sarkozy dans cette partie du Monde.

 

 Avec les Etats Unis Nicolas Sarkozy s’est présenté comme Nicolas l’Américain. Ses rapports ont été bons avec Bush junior, en revanche ceux-ci l’ont été beaucoup moins avec Obama sur les grands dossiers du Monde, même si l’Amérique d’Obama a permis à la coalisation anglo-française et américaine de bombarder la Libye de Kadhafi. Sarkozy voulait partager la direction du Monde avec Obama, suivant en cela une vision gaullienne de l’autorité de la France et de l’indépendance de sa politique étrangère. Obama lui a opposé une fin de non recevoir en lui montrant que la France, même membre du conseil de sécurité, n’était qu’une Nation moyenne et sur les grands dossiers le volontarisme politique de la France et de Sarkozy se sont manifestés uniquement sous forme de commentaires diplomatiques plus ou moins polis.

 

 En Méditerranée et en Afrique noire sub-saharienne, la politique étrangère de Sarkozy a été contrastée. L’échec de la construction de l’espace méditerranée entre l’Europe et l’Afrique, malgré la conférence menée avec grand train à Paris, peut être expliqué par l’insuffisante préparation des objectifs à atteindre et des méthodes à utiliser pour intégrer des pays aux objectifs aussi différents que pouvaient être les pays du Maghreb et ceux des Proche et Moyen Orient. En Méditerranée et surtout dans le Maghreb, Nicolas Sarkozy est apparu comme le libérateur des peuples libyens à la suite de l’intervention militaire contre Kadhafi qui avait été reçu, avant l’intervention avec pompe par Paris. Cette présence parisienne de Kadhafi avait été contestée courageusement par la jeune Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l’Homme, Rama Yade. L’intervention militaire de la France en Libye grâce à la logistique américaine a permis à la coalition anglo-française d’aller au-delà du mandat qui leur été donné par le Conseil de sécurité, à savoir sécuriser les populations de Benghazi. On sait aujourd’hui ce qu’il est advenu de la Libye. Là encore l’intervention de Sarkozy n’était pas organisée autour de trois principes indispensables en matière de politique d’intervention extérieure :

 1.   trouver un projet politique alternatif au régime que l’on veut changer,

 2.   créer les conditions humanitaires durables pour répondre aux attentes de la population libyenne,

 3.   préserver les intérêts de la France sur le plan économique. Dans ce domaine, malgré quelques contrats pétroliers de Total, ce sont les Etats Unis qui se taillent la part du lion et c’est surtout le chaos dans l’espace politique libyen dans lequel les tribus et les milices djihadistes se font la guerre. De plus, la déstabilisation sans stratégie de la Libye a entrainé une prolifération de la circulation d’armes dans le Sud de ce pays, avec les effets collatéraux négatifs en matière de trafic et de guerre civile entre des Etats et des groupes djihadistes dans la zone sahélo-saharienne avec la crise malienne aujourd’hui.

 

En Afrique noire, au-delà de ce que certains spécialistes considèrent comme une inculture historique de la part du Président Sarkozy et de son peu d’appétence pour l’histoire, après sa déclaration de Dakar ( "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire », Discours du 26 juillet 2007) , la politique étrangère de la France n’a fait que poursuivre, avec des variantes, la politique menée depuis Foccart sous le Général De Gaulle jusqu’à Jacques Chirac. L’Afrique francophone est d’abord le domaine d’expansion et de déploiement de la politique économique et financière de la France grâce à ses grandes entreprises (Total, Véolia, Bouygues, etc.). Sarkozy a accéléré une légère orientation en valorisant les intérêts économiques des entreprises françaises dans le pré carré français grâce à une ouverture en direction de l’espace africain anglo-saxon. Malgré la présence chinoise en Afrique, le retour des Etats Unis et l’arrivée de nouveaux pays comme la Turquie, la Malaisie ou l’Inde, le pré carré français a encore de beaux jours.

 

 Au total, la politique étrangère de Nicolas Sarkozy était une politique d’abord marquée par la recherche des intérêts des entreprises françaises et de la valorisation de son image personnelle auprès des responsables politiques de ce monde dans la mesure où Sarkozy avait la prétention d’en être. Il a réussi à faire exister l’étendard français. Chacun jugera à sa manière ces quelques lignes d’analyse rapide. On peut être sarkozyste comme moi au sein de l’UMP et participer au bilan des opérations entreprises par nos responsables politiques. C’est ma façon de participer au renouveau de la pensée de ma famille politique au moment où les Primaires au sein de l’UMP et les Primaires pour la présidentielle de 2017 vont démarrer. Il faut savoir s’appuyer sur le passé sans en être l’esclave pour mieux regarder l’avenir. Merci Alain Juppé, merci Monsieur le Premier Ministre d'avoir su concilier avec exigence ce proverbe franco-africain ou afro-français lors de votre passage à l'émission "Des paroles et des actes" sur France 2 récemment.