Mardi 7 février 2012
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Relance ou plan d’austérité sur fond de
« modèle allemand »
Après Le Bourget et le débat télévisé (Juppé/Hollande sur France 2) qui ont permis
à François Hollande d’imprimer sa marque sur la campagne présidentielle en cours, Nicolas Sarkozy devait, en animal politique, mettre en place une stratégie de marquage de son principal
concurrent. Il a donc choisi, en tant que Président, de dire aux Français ce qu’il compte faire pour relancer l’économie française.
Ces éléments de langage concernant la relance sont considérés par l’opposition
comme un plan d’austérité déguisé, parmi ceux-ci la hausse de la TVA de 1,6% le 1er octobre 2012 que François hollande a dénoncé comme un élément qui va favoriser la baisse du pouvoir
d’achat des Français.
Voici l’ambiance et le décor plantés.
Allons au fond des choses. Le Président de la République s’est présenté comme
Président des Français et non candidat. Faut-il le croire dans la mesure où une partie de ses propositions était marquée par des attaques contre les propositions du candidat François
Hollande ? C’est vrai du logement ainsi que de l’ensemble des propositions du candidat socialiste en matière de compétitivité.
Considérons que ce n’est pas le candidat Sarkozy qui parlait mais le Président de
la République. Il a proposé une série de mesures que je me propose de redire assez rapidement pour mieux les discuter.
Relèvement de la TVA de 1,6% à partir du 1er octobre
Augmentation de la CSG sur les placements spéculatifs
Mesure importante concernant le logement avec une augmentation du COS de 30%
Création d’une banque de l’industrie
Taxation sur les transactions financières de l’ordre de 0,1%
Accords de compétitivité permettant de mettre en œuvre des accords d’entreprise où
patrons et salariés vont négocier la régulation salariale en fonction du climat des affaires (croissance ou récession).
Ces mesures sont considérées comme des mesures de relance économique par le
Président Sarkozy. Le modèle de référence est allemand, d’ailleurs lors du Conseil national de l’UMP le samedi 28 janvier à la Porte de Versailles un membre de la CDU (Démocratie chrétienne) a
annoncé au public que Madame Merkel, chancelière allemande, serait aux côtés de Nicolas Sarkozy pour l’aider à faire passer les idées d’une Allemagne et une France fortes dans une Europe en crise
et dans un monde en recomposition. Ce serait le juste retour des choses car Nicolas Sarkozy avait apporté un appui fort à Madame Merkel en 2009.
Voilà les éléments de mondanité et de présentation. Allons au fond des
choses.
Pour la Droite française, l’UMP en tête, c’est un plan de relance qui est une
réponse à la crise économique que subit actuellement la France, crise à la fois économique, financière et sociale. Pour l’opposition et en première ligne le Parti socialiste, on se demande
pourquoi ces mesures arrivent tardivement alors que le Président de la République a eu quatre ans pour y penser et pour les mettre en œuvre, la Droite, selon le PS, prend prétexte de la crise
financière de 2008 et de la crise de la dette de 2011, pour excuser l’incompétence de Nicolas Sarkozy qui n’aurait pas de vision concrète en dehors de l’Allemagne.
Le modèle allemand est en référence dans la société française, a maxima à Droite et
minima à Gauche, au niveau de la compétitivité. Derrière les discours de conformisme par rapport au modèle allemand, on peut regretter que les journalistes de I-tele, de TF1, de France 2, de BFM
et d’autres télévisions n’aient pas su questionner au fond le Président de la République sur la réalité du modèle allemand au niveau du marché du travail. Depuis la réunification de l’Allemagne
qui a démarré en 1989 et qui est devenue effective en 1990, le modèle allemand est présenté comme un modèle efficace en matière de compétitivité qui puiserait ses sources dans le coût du travail
raisonnable, résultant d’accords d’entreprise entre patrons et syndicats de salariés. La réalité est autre. La vitalité du marché du travail allemand est en partie liée à l’absence d’un SMIC, à
la précarité des contrats de travail (en majorité dans l’ancienne RDA). Un article du Figaro de Caroline Bruneau du 14/11/2011 « L’Allemagne réfléchit à des salaires minimums » ainsi
qu’un rapport de l’OCDE de janvier 2010 sur « l’Allemagne société à deux vitesses » montrent que la compétitivité allemande est obtenue au nom d’une précarisation des statuts et du
travail des Allemands. Il y aurait 6,5 millions de personnes, soit 23% de la population active, qui seraient des travailleurs pauvres touchant moins de 10 euros de l’heure. La productivité et
l’efficacité de l’économie allemande seraient assurées par des jobs précaires. Deux millions d’employés toucheraient autour de 700 euros par mois, le complément de leur salaire viendrait des
allocations sociales. Il est vrai que s’il y a 23% de la population en CDD en Allemagne, ce pourcentage est de 16% en France qui elle, à l’inverse, souffre d’un nombre d’employés faibles en
CDI par rapport à l’Allemagne.
Le Président de la République dans son débat avec les journalistes a mis l’accent
sur la compétitivité prix dont la France pourrait bénéficier grâce à une hausse de la TVA de 1,6 qui permettrait d’abaisser les cotisations patronales en dégageant ainsi 7 à 13 milliards d’euros
qui financerait la protection sociale. Cette hausse de TVA permettrait aux entreprises d’augmenter le taux d’emploi et de répercuter la baisse du coût du travail sur le pouvoir d’achat des
salariés. L’analyse économique montre que le modèle socio-économique français n’est pas le modèle allemand fondé sur une discipline, une organisation et une volonté de promouvoir la Nation
allemande. En France, on a baissé le taux de TVA concernant la restauration, ce secteur n’a pas joué le jeu en matière de baisse de prix pour les clients et n’a pas augmenté son taux
d’emploi.
Attention aux comparaisons hâtives en référence au modèle allemand qui n’est pas le
modèle français qui reste à réorganiser, à promouvoir. La compétitivité allemande n’est pas que sur les prix comme l’indique le Président Sarkozy, elle porte aussi sur l’innovation comme le fait
remarquer le candidat Hollande. Il faut donc réconcilier le Président Sarkozy et le candidat Hollande.
On pourrait discuter sur les autres mesures de relance du Président Sarkozy, sur le
logement, la CSG sur les placements financiers, la création d’une banque de l’industrie et la taxe sur les transactions financières. Ces mesures sont discutées par la Gauche socialiste qui pense
que le Président candidat ne fait pas preuve d’originalité et qu’elles visent uniquement à amuser la galerie car Hollande les a déjà présentées. Pour la Gauche socialiste et François Hollande, le
Président Sarkozy était hier un Président déguisé sous le manteau du candidat (débat autour des 35 heures à amender, voire à supprimer grâce aux accords d’entreprise) qui doit se déclarer
rapidement pour que la bataille politique ait lieu même si sur la fin de son exposé le Président candidat a reconnu avoir commis des erreurs, exprimant ainsi une forme d’humanité qui ne doit pas
laisser insensibles les Français électeurs.
Au total, il me semble qu’il reste à définir à Droite comme à Gauche, un véritable
projet collectif pour dessiner les contours d’un modèle à la Française ouvert aux autres modèles, mais français.
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