Dans un discours digne du Conseil national de la résistance, valorisant le modèle socio-économique français et brocardant le libéralisme tous azimuts, le Nicolas Sarkozy de 2009 est bien en rupture avec le Nicolas Sarkozy de 2007 qui prônait justement la rupture car il estimait le modèle social et économique français peu efficace. Avec la crise financière et économique, avec son activisme lors de la Présidence française de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy vient d’inaugurer le point de départ de la deuxième partie de son quinquennat présidentiel.
Le discours de Versailles a pour ambition de présidentialiser à pas mouchetés l’actuel régime politique de la Vème République. Nicolas Sarkozy fait voler en éclats les articles 20 et 21 de la constitution qui font du gouvernement le déterminant majeur de la politique de la Nation et du premier ministre l’acteur principal de ce gouvernement. Or, depuis le Général de Gaulle, on sait qu’il n’en est plus rien, c’est le Président qui est le cœur des Institutions et le premier ministre ne devient plus qu’une sorte de premier ministre de façade. Tout ceci était inévitable à partir du moment où on est passé du septennat au quinquennat.
Quelle est l’ambition du discours de Sarkozy pour la France ? Le Président de la République met en mouvement celle-ci en fixant un cap articulé autour de la poursuite des réformes, mais des réformes (habileté politique oblige) qui visent à mettre la France dans le monde de demain avec des moyens que sont : innovation, baisse des impôts, réduction des dépenses publiques par la lutte contre le gaspillage, lancement d’un emprunt généralisé dont l’utilisation sera discutée de façon participative par les forces de la Nation, pour tout dire par le peuple français. Sur les problèmes de société et de la cohésion sociale, le Président de la République prône que ces questions fassent l’objet de débats équilibrés au Parlement : c’est le cas pour le port de la burqa car le Président de la République estime que, au nom de l’égalité et de la non-domination des femmes, le port de la burqa devrait faire l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale en tenant compte de toutes les opinions. Concernant la création et internet et malgré la remise en cause par le Conseil constitutionnel des modalités d’application de la loi Hadopi, le Président est décidé à aller jusqu’au bout. Lequel ? Au niveau des retraites, une réforme est nécessaire à mi-mai 2010, soit dans le sens de l’allongement de l’âge de la retraite, soit dans le sens de l’augmentation des cotisations. Voilà pour l’ambition.
Sur la méthode, Nicolas Sarkozy met au cœur de son dispositif la notion de déficit public en qualifiant celui-ci de bon ou mauvais. Le mauvais déficit est celui qui porte sur les dépenses de fonctionnement, dont celles dues aux doublons entre les représentations régionales et départementales, d’où l’obligation d’opérer les réformes des collectivités pour éviter la multiplication des dépenses. Le bon déficit est celui qui consisterait à dépenser pour compenser les effets de la crise et, grâce à l’emprunt (une dépense anticipée) financer les investissements. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy est en contradiction avec son premier ministre, François Fillon, qui lui dit classiquement qu’il faut diminuer les dépenses. François Fillon est au pied du mur. Le génie de Sarkozy est qu’il parle aux Français sans parler le français, comme il lui avait été abusivement reproché par certains journalistes. Par rapport aux socialistes qui voulaient un deuxième plan de relance, en voici un grâce à l’emprunt généralisé. La force de Sarkozy est qu’il ne parle pas comme tout le monde et il ne démord pas du lien à établir entre investissement et nouveaux secteurs d’avenir. Sarkozy, à la différence de certains responsables de gauche, n’a pas de tabou. Il a un projet politique pour la France, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui pour la gauche gouvernementale (parti socialiste et parti communiste) qui peine à retrouver son identité, à avoir un projet politique et donc à mettre la République en mouvement.
Versailles est le point de départ de Nicolas Sarkozy pour un nouveau cycle politique dont il veut être le maître d’œuvre. On peut penser qu’il a raison quand on voit la faillite de la gauche et son incapacité à parler des discriminations, des valeurs, du mérite, du travail, de l’égalité et non de l’égalitarisme et de la chance donnée à chacun pour prendre sa place dans la République. Au total, Nicolas Sarkozy met en musique, après deux ans de mandature, l’autre façon de faire évoluer la République et donc l’art de vivre ensemble.

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