Je réagis en tant que co-fondateur du
Cran, conseil représentatif des associations noires, et après avoir assumé le rôle de premier secrétaire général. Lorsqu’un certain nombre d’entre nous avons aidé Patrick Lozes à créer le Cran, la philosophie était : militer pour la
lutte contre les discriminations dont sont victimes les Noirs de France. Très vite, nous nous sommes trouvés dans une impasse car il fallait un élément de mesure des discriminations. S’inspirant
des méthodes Anglo-Saxonnes de statistiques de la diversité, le Cran en a retenu le concept au lieu de parler de statistiques ethniques, bottant
ainsi en touche en évitant d’être catalogué d’organisation séparatiste. Le retour sur la scène de la question des statistiques ethniques pose en creux celle de la mesure de la diversité. Le Haut
commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, Yazid Sabeg, pense contourner la difficulté en interrogeant certains de nos concitoyens et en
utilisant des artifices ethniques même s’il s’en défend et même si ces artifices constituent un « ressenti » comme la religion et l’ethnie. Ontologiquement la société est diverse :
pourquoi la mesurer ? La réponse juridique et politique a été donnée par la commission présidée par Madame Simone Veil qui a refusé le concept de diversité dans le préambule de la
constitution. Pour des raisons politiques et associatives, des organisations comme le Cran estiment utiles des statistiques de la diversité, sans
assumer l’aspect ethnique de celles-ci. Il n’a échappé à personne que des inégalités existent dans notre société et des inégalités visibles qui touchent ceux de nos concitoyens aux origines et
aux patronymes différents. Comment dans ce cas pointer les discriminations et apporter des réponses ? Le Président Nicolas Sarkozy au cours de la campagne électorale avait mis l’accent sur
le concept de discrimination positive à l’image de l’Affirmative Action aux Etats Unis. L’impasse théorique pour la France de la discrimination positive est que c’est un modèle importé qui ne concernait en priorité que les noirs américains. Or la problématique de la diversité en France dépasse de loin la
« question noire ». Alors comment sortir du piège des statistiques ethniques et comment proposer quelques outils de mesure et d’analyse ? Il faut d’abord commencer par faire le
point de toutes les politiques menées jusque là pour en tirer des éléments d’analyse, ensuite le concept de mesure doit intégrer une approche spatiale et territoriale dans laquelle le concept de
diversité a plus de sens car il faudra mesurer les trajectoires des hommes et des femmes français blancs, noirs, jaunes dans l’accès à un emploi en fonction de leur lieu d’habitation. Le concept
de race n’existe pas mais néanmoins ce concept est sociologiquement valorisé pour les besoins de l’analyse. Comment contourner la difficulté ? En mettant en exergue le principe de
« citoyen du territoire », concept beaucoup plus pertinent pour cimenter le projet politique au lieu d’essayer par les manœuvres sociologiques de détruire la citoyenneté. Les identités
particulières ont toute leur place dans la société française, encore faut-il que celles-ci soient intégrées dans un projet politique de la citoyenneté.
Par Lucien Pambou
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Alfortville de retour dans la vraie vie ?
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