Vendredi 1 mai 2009

Commentaires de l’émission France 3 animée par Frédéric Taddeï du 30/04/09 après soir 3

 

Dans son émission liée à la crise économique et sociale, Frédéric Taddeï se propose de faire parler un certain nombre d’intellectuels français, comme Françoise Bergen et Vincent Cespedes philosophes, Jérôme Monod ancien PDG de la Lyonnaise des Eaux, ancien conseiller politique de Jacques Chirac, Henri Vacquin sociologue, Serge Quadruppani écrivain et Yann Moulier-Boutang économiste.

 

Que nous disent ces intellectuels ?

 

Chacun à sa façon, en fonction de son univers intellectuel, nous propose une description de la crise, morale pour certains, économique pour d’autres. Malheureusement le compte n’y est pas. On s’attend à un diagnostic serré et critique de la crise avec proposition de solutions, or qu’obtenons-nous : des envolées lyriques sur la crise philosophique que traverse notre société, sur les égarements de Nicolas Sarkozy en tant que Président de la République, sur la fondation ou la refondation du système capitaliste.

Frédéric Taddeï, sans s’en apercevoir, quitte son sujet et recentre son discours autour de la refondation du capitalisme, la question posée est en désaccord fondamental avec le titre de l’émission proposée. Que peut attendre un citoyen informé du titre de l’émission proposée par Frédéric Taddeï ?

 

1.      Un décryptage précis de la notion de crise sociale (Les subprimes favorisent la crise sociale car les ménages aux Etats Unis perdent leurs logements, mais on peut légitimement s’interroger sur les liens sur la crise des subprimes et la crise sociale française à la veille du premier mai.  Cette adresse va à l’économiste Yann Moulier-Boutang qui nous parle d’Obama, des taux d’intérêt et de l’accumulation du capital. Cherchez l’erreur.) nous aurait permis d’avoir une lecture précise de la signification de la crise sociale en France en liaison  avec un premier mai 2009 que d’aucuns annoncent comme historique, même si sur le plan politique à gauche Ségolène Royal a refusé l’invitation à manifester ensemble avec Martine Aubry, préférant exister pour elle et par elle-même à travers la région de Charente-Poitou, dont on peut penser qu’elle sera la région levier pour la déclaration de sa candidature à l’élection présidentielle en 2012.

 

2.      La crise sociale pour les philosophes présents sur le plateau est morale. Ils mettent en exergue le concept de résistance et de la mise en adéquation d’intérêts contradictoires. Pour  l’homme politique que représente Jérôme Monod, il n’y a pas d’alternative au système capitaliste dont il faut certes revoir les règles. Quant au sociologue Henri Vacquin, il nous propose une lecture structurelle de la crise avec la nécessaire obligation de redonner du lustre au pouvoir syndical dans sa capacité de négociation avec le patronat au sein de l’entreprise. Pour l’écrivain Serge Quadruppani, la « pyramidalisation » du pouvoir doit être remise en cause en repensant de façon différente les bases de la société.

 

3.      Au total, les liens entre la crise sociale et ses effets sur le premier  mai 2009 n’ont pas été traités au fond. La télévision joue peut-être un rôle important dans la connaissance de l’information, mais force est de constater que l’information est traitée de façon trop rapide, trop lacunaire avec un besoin morbide : montrer à la société que la télévision s’occupe d’elle alors que cette occupation, comme vous avez pu le remarquer ce soir, n’est qu’évasive, conjoncturelle car pour la télévision l’impératif actuel de la société n’est pas la crise sociale mais comment promouvoir des artistes en profitant de l’incompréhension liée au brouillard de la crise sociale.

 

4.      Nous sommes certains, dont moi, à n’avoir rien compris à l’émission de ce soir. On peut nous soupçonner d’une incapacité de complaisance mais pas intellectuelle, car nous nous attendions à une émission de débat sociétal approfondi et non pas de distraction, où le cabaret et un certain nombre de musiciens par leur talent nous ont scotchés à l’émission de Frédéric Taddeî.

 

5.      On reproche aux Français de ne pas s’intéresser à la politique et à ses implications sociétales, mais ce type d’émission « La Crise, est-ce que ça va péter ? » les laisse sur leur faim. Une précision, par péter nous ne voulons pas la révolution mais la compréhension d’une crise que d’aucuns annoncent comme structurelle, durable et dont les effets sociaux sont importants.

 

Par Lucien Pambou
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