Les élections européennes du 7 juin 2009 sont placées sous le signe de l’abstention. Les politiques, les journalistes et les citoyens ordinaires informés de la politique se désolent de cette abstention que d’aucuns annoncent comme très importante.
Les premières élections au parlement européen ont eu lieu en 1979. Depuis 1979 les thèmes évoqués pour l’élection au parlement européen n’arrivent pas à cliver de façon réelle Droite et Gauche comme c’est le cas pendant les élections nationales (présidentielles, législatives, municipales). De plus, la vie politique européenne et son explication aux électuers demeurent très éloignées des préoccupations des Français.
La vérité est que l’Europe concerne les Français qui ne sont pas toujours conscients des enjeux et des apports de l’Europe pour demain. Dans tout modèle démocratique, le vote traduit la vitalité de la démocratie. Voilà que l’abstention nous guette et que l’Europe nous parait quasiment lointaine. Pour remplir l’absence d’Europe, certains responsables font campagne sur la politique nationale de Nicolas Sarkozy au nom d’anti sarkozysme primaire.
Des mouvements associatifs s’intéressent à la représentation de la diversité, qu’ils évitent de qualifier d’ethnique, sur les listes électorales en attribuant des bons ou mauvais points aux partis traditionnels (UMP, parti socialiste, parti communiste, NPA, Fronts de gauche, mouvements écologistes …) sur leur incapacité à faire figurer Mamadou, Kader ou Kim sur les listes électorales. Peu importe que Mamadou, Kader ou Kim ne sachent pas à quoi sert l’Europe, l’essentiel est qu’ils y soient.
Dépassons cet enfantillage sociétal pour revenir à des analyses plus serrées. Je pose le postulat que l’abstention doit être considérée comme un outil du renouveau démocratique. L’abstention n’est pas un refus de vote mais le point de départ d’une interrogation et d’un questionnement sur la vitalité démocratique. On a trop souvent considéré l’abstention comme un déficit de démocratie. Je ne le pense pas. Face à une mondialisation et aux enjeux supranationaux, l’abstention doit être considérée comme un moment de retour sur soi pour mieux interroger le sens démocratique d’une société. L’abstention doit être vécue comme une opportunité du renouveau démocratique en obligeant les politiques à s’interroger réellement sur les causes, la nature de l’abstention et sur les solutions éventuelles. Trop souvent l’abstention a été considérée dans la vie politique comme un déficit de démocratie. Je ne le pense pas car l’abstention actuelle doit être vécue différemment des abstentions que nous avons connues au cours des élections pendant les trente glorieuses. Il faut interroger au fond l’abstention, en faire un élément d’études, ce qui est déjà le cas, mais également un élément inséré dans les préoccupations et les malaises face au changement du monde auxquels les Français doivent faire face. Cette interrogation active de l’abstention doit permettre l’évitement des approches populistes que certains leaders ou partis politiques sont prompts à exploiter pour faire peur et enraciner le malaise social.
Vive l’abstention comme renouveau démocratique. Encore faut-il sortir l’abstention des chemins traditionnels d’analyse et de conclusion après les soirées électorales qui constatent que les Français ont préféré aller à la pêche, rester dans leur maison de campagne, se promener dans les bois, plutôt que de se précipiter dans les bureaux de vote.
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